Friedrich Hölderlin

Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 22:15

Quand des hommes sont gais...

Quand des hommes sont gais, quelle question se pose ?
Celle-ci : s'ils sont bons, et leur vie vertueuse ;
Si oui, l'âme est légère, et la plainte plus rare,
Et, par surcroît, au même est accordée la foi.

Votre
très humble
Hölderlin.

*
* *

Wenn Menschen fröhlich sind...

Wenn Menschen fröhlich sind, wie ist es eine Frage ?
Die, ob sie auch gut sei'n, ob sie der Tugend leben ;
Dann ist die Seele leicht, und seltner ist die Klage
Und Glauben ist demselben zugegeben.

Dero
unterthänigster
Hölderlin.

Friedrich Hölderlin, « Poèmes 1806 - 1843 »
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Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /2009 09:33

L'été.

Se donne encore à voir la saison, et les champs
De l'été ont encor leur éclat, leur douceur ;
Le vert des prés s'étale avec une splendeur,
Partout où le ruisseau fait dévaler ses flots.

Tel, par monts et par vaux, s'en va le jour, avec
Son éclat et son irrésistibilité,
Et des nuages vont en paix, dans des hauteurs,
On dirait que l'année s'attarde par splendeur.

Avec humilité
Scardanelli

l. 9 mars
1940.

  ~ ~ ~

Der Sommer.

Noch ist die Zeit des Jahrs zu sehn, und die Gefilde
Des Sommers stehn in ihrem Glanz, in ihrer Milde ;
Des Feldes Grün ist prächtig ausgebreitet,
Allwo der Bach hinab mit Wellen gleitet.

So zieht der Tag hinaus durch Berg und Thale,
Mit seiner Unaufhaltsamkeit und seinem Strale,
Und Wolken ziehn in Ruh', in hohen Räumen,
Es scheint das Jahr mit Herrlichkeit zu säumen.

Mit Unterthänigkeit
Scardanelli

d. 9ten Merz
1940.

Friedrich Hölderlin, « Poèmes 1806-1843 »
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Vendredi 19 juin 2009 5 19 /06 /2009 20:12
Poèmes 1806-1843

Friedrich Hölderlin

« La vie de HöIderlin (1770-1843) nous apparaît comme coupée en deux. Ses trente-six premières années lui firent don des grandes oeuvres, roman et poèmes, qui attestent son génie et ont fait sa gloire : il y invente en effet un singulier lyrisme dont l'écho n'a cessé, jusqu'à nous, de se faire entendre comme un son absolument neuf. Mais s'ensuivirent encore trente-six autres années, que le poète passa dans une tour, chez un menuisier qui le recueillit lorsque le monde se fut accordé à dire qu'il avait perdu la raison.

De cette seconde moitié de sa vie, nous restent une cinquantaine de poèmes, dont on trouvera ici un essai de traduction. Ces poèmes dits « de la folie », que Hölderlin confia à ceux qui vinrent le voir comme une attraction ou un modèle, témoignent d'un non moins singulier tournant dans son existence et son oeuvre : pendant trente-six ans, il n'aura plus fait que regarder autour de lui, bornant son travail à rendre, poétiquement, le passage du temps sur ce paysage. De cette simplicité ressassée, où il s'applique à effectuer en lui la réconciliation de la Nature et de l'Esprit, s'élève pour nous, très étrange, une autre beauté. »

Édition bilingue.
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Dimanche 24 mai 2009 7 24 /05 /2009 11:02

« Je l'aurai vue une fois, l'unique chose que cherchait mon âme, et la perfection que nous situons au-delà des astres, que nous repoussons à la fin du temps, je l'ai sentie présente. Le bien suprême était là, dans le cercle des choses et de la nature humaine.

Je ne demande plus où il est : il fut dans le monde, il y peut revenir, il n'y est maintenant qu'un peu plus caché. Je ne demande plus ce qu'il est : je l'ai vu et je l'ai connu.

Ô vous qui recherchez le meilleur et le plus haut, dans la profondeur du savoir, dans le tulmute de l'action, dans l'obscurité du passé ou le labyrinthe de l'avenir, dans les tombeaux ou au-dessus des astres, savez-vous son nom ? Le nom de ce qui constitue l'Un et le Tout ?

Son nom est Beauté. »

Friedrich Hölderlin, « Hypérion », Gallimard nrf 2005, p. 110
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Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /2009 20:41


HYPÉRION À BELLARMIN


« Je te sais gré de m'avoir demandé de te parler de moi, et de me remettre ainsi en mémoire les heures passées.


Si je suis revenu en Grèce, c'est aussi que je voulais vivre moins loin des jeux de ma jeunesse.


Comme le travailleur répare ses forces dans le sommeil, mon être tourmenté aime à chercher refuge dans l'innocence du passé.


Céleste calme de l'enfance ! Que de fois je t'ai contemplé sans mot dire, amoureusement, cherchant à te saisir par la pensée ! Mais nous ne pouvons concevoir que le bien qui est du mal transformé ; l'enfance et l'innocence échappent à nos prises.


Quand j'étais encore un enfant tranquille, ne sachant rien de ce qui l'entoure, n'étais-je pas davantage que je ne suis maintenant, après toutes les épreuves du coeur, tant de recherches, tant de luttes ?


Oui, l'enfant reste une créature divine aussi longtemps qu'il n'entre pas dans les mimétismes de l'adulte.


Sa beauté est d'être ce qu'il est totalement.


La contrainte de la Loi et du Destin ne peut l'atteindre : il n'y a place en lui que pour la liberté.


En lui est la paix : il n'est pas encore en conflit avec lui-même. En lui est la richesse : son coeur ignore l'indigence de la vie. Et parce qu'il ne sait rien de la mort, il est immortel.


Mais cela, les hommes ne le souffrent point. Ils veulent que le Divin devienne comme l'un d'entre eux et reconnaisse leur existence ; avant même que la Nature ne songe à le chasser de son paradis, ils l'entraînent au-dehors par violence ou caresses, sur le sol maudit, afin qu'il travaille, comme eux, à la sueur de son front.


Toutefois, à condition qu'il ne soit point prématuré, le temps de l'éveil a sa beauté aussi.


Oui, ces jours sont sacrés, où notre coeur pour la première fois essaie ses ailes, où nous nous dressons dans la splendeur du monde avec ce feu prompt de la croissance en nous, comme la jeune plante quand elle s'ouvre au soleil du matin et s'éploie vers le ciel infini !


Quelles courses alors dans les montagnes et sur les rivages de la mer ! Que de fois je suis resté le coeur battant sur les hauteurs de Tina, suivant des yeux les faucons, les grues, les barques hardies qui disparaissaient à l'horizon ! « Toi aussi, pensais-je, tu partiras un jour », et j'étais comme un homme atteint de langueur qui se plonge dans un bain et répand sur son front l'écume fraîche des eaux.


Puis je rentrais chez moi en soupirant : « Si seulement l'âge d'apprendre était passé... »


Enfant naïf ! Il s'en faut de beaucoup !


Que l'homme, en sa jeunesse, puisse croire le but si proche, c'est la plus belle des illusions qu'ait imaginées la Nature pour venir au secours de notre faiblesse.


Couché parmi les fleurs, me réchauffant à la fragile lumière du printemps et considérant l'azur serein qui couronnait la terre, ou bien assis sous les ormes et les saules, au coeur de la montagne, après une fraîche pluie – quand les branches frissonnaient encore des atteintes du ciel et que les nuages dorés passaient au-dessus des bois ruisselants – ou encore quand l'astre du soir, esprit de paix, montait avec les antiques adolescents, les autres héros du ciel (et voyant en eux la vie continuer sa course dans l'Éther selon les simples lois éternelles, le calme du monde m'enveloppait de joie, si bien que je levais des yeux attentifs, sans comprendre ce qui m'arrivait)... alors, chaque fois, je demandais tout bas au Père céleste s'Il m'aimait et j'entendais Sa réponse bienheureuse, indubitable, dans mon coeur.


Ô Toi que j'appelais comme si Tu habitais au-delà des astres, que je nommais Créateur du ciel et de la terre, amicale idole de mon enfance, ne T'irrites point si je T'ai oublié ! Que ce monde n'est-il assez pauvre pour nous obliger à chercher un Dieu hors de lui !


Si la splendide Nature a un Père, le coeur de l'enfant ne sera-t-il pas Son coeur ? Ce qu'elle a de plus intérieur ne se confondra-t-il pas avec Lui ? Mais puis-je le posséder, ce centre, le connaître ?


Je crois voir ; puis je m'effraie à le pensée de n'avoir vu peut-être que moi-même. Je crois sentir l'Esprit du monde comme dans la mienne la chaude main d'un ami ; quand je me réveille, je doute si je n'ai pas serré que mes propres doigts. »


Friedrich Hölderlin, « Hypérion », nrf gallimard, 2005, pages 56 à 59.

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  • : Orientations existentielles dans une époque de dissolution.

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