Femina

Mardi 23 juin 2009 2 23 /06 /2009 19:49

« Eyjólfr déclare qu'auparavant, il veut aller voir Audr. Ils arrivent à la ferme, entrent et, encore une fois, Eyjólfr se met à converser avec Audr. Il prend la parole en ces termes : « Je voudrais faire un marché avec toi, Audr, dit-il. Je voudrais que tu me dises où est Gísli et je te donnerai trois cents d'argent, ceux-là mêmes que j'ai reçus pour avoir sa tête. Quand nous le tuerons tu ne seras pas présente. S'ensuivra également que je te remarierai et te trouverai un parti bien meilleur que celui-ci. Tu peux encore considérer, dit-il, quel désavantage c'est pour toi que de rester dans ce fjord désolé, de subir tel sort à cause de la mauvaise chance de Gísli et de ne jamais voir tes parents et relations. » Elle répond : « Ça m'étonnerait beaucoup, dit-elle, que tu me trouves un parti qui me paraisse valoir l'actuel. Pourtant, c'est vrai, ce que l'on dit, que l'argent est la meilleure des choses après la mort. Fais-moi voir si cet argent est aussi abondant et aussi beau que tu me le dis. » Il pose l'argent sur ses genoux, elle plonge la main dedans, et il le compte et le lui montre. Gudrídr, sa fille adoptive, se met à pleurer.

Ensuite, Gudrídr sort et va trouver Gísli et lui dit : « Ma mère adoptive vient de devenir folle. Elle veut te trahir. » Gísli dit : « Ne t'afflige pas, car ce ne seront pas les tromperies d'Audr qui seront causes de ma mort », et il déclama une vísa :

« On me dit que ma femme
Avec grande scélératesse
Se prépare
À trahir son mari.
Mais je sais
Qu'elle se tient assise et pleure.
Je ne crois pas
Qu'il soit vrai qu'elle fasse cela. »

Après cela, la jeune fille revient à la maison et ne dit pas où elle est allée. Eyjólfr vient alors de terminer de compter l'argent, et Audr dit : « En aucune façon, l'argent n'est ni moins abondant ni moins bon que ce que tu m'en as dit. Et tu admettras que j'aie le droit d'en faire ce que bon me semble. » Eyjólfr accueille ses paroles avec satisfaction, et la prie en effet d'en faire ce qu'elle veut. Audr prend donc l'argent et le verse dans une grande bourse, puis elle se lève et jette la bourse avec l'argent dedans sur le nez d'Eyjólfr, si bien que le sang jaillit, et elle dit : « Reçois donc cela pour ta crédulité, et tout le mal avec. Il n'y avait aucun espoir que je te livre mon mari, à toi, mauvais homme. Reçois cela, et reçois avec honte et couardise à la fois. Tant que tu vivras, misérable, tu te rappelleras qu'une femme t'a châtié. » »

« Saga de Gísli Súrsson »
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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /2008 16:06

ARGILEONIS

Argiléonis, la mère de Brasidas, après la mort de son fils [à la bataille d'Amphipolis, en 422], demanda à une délégation d'Amphipolis qui se trouvait à Sparte et qui était venue lui rendre visite si la mort de son fils avait été glorieuse et digne de Sparte. Les gens d'Amphipolis glorifièrent Brasidas et dirent qu'il était de tous les Lacédémoniens le meilleur dans l'art de la guerre. Elle leur répondit : « Étrangers, mon fils était un homme d'honneur et de bien, mais Lacédémone en possède beaucoup de meilleurs que lui. »

* * *

GORGÔ [fille de Cléomène et épouse de Léonidas]

Gorgô, la fille du roi Cléomène [370-309]. Aristagoras de Milet suppliait son père de déclarer la guerre au roi de Perse pour venir en aide aux Ioniens. Il promettait une grosse somme d'argent et augmentait cette somme au fur et à mesure que Cléomène élevait des objections. « Il va te ruiner, mon père, dit Gorgô, cette espèce d'étranger, si tu ne le jettes pas assez vite hors de cette maison ! »

Comme son père lui demandait un jour de donner du blé en récompense à quelqu'un en ajoutant : « C'est parce qu'il m'a appris à améliorer le vin », elle répondit : « Eh bien alors, on consommera davantage de vin et ceux qui en boiront deviendront plus délicats et plus mauvais !

Voyant Aristagoras se faire chausser par l'un de ses serviteurs, elle s'écria : « Père, l'étranger n'a pas de mains ! »

Un étranger marchait mollement et en prenant son temps, elle le bouscula en disant : « Ne reviens pas ici, tu n'es même pas capable d'y jouer un rôle de femme ».

A la question d'une Athénienne : « Comment se fait-il que vous soyez les seules femmes, vous les Spartiates, à commander les hommes ? », elle répondit : « parce que nous sommes aussi les seules à donner naissance à des hommes ! »

Comme elle encourageait son mari Léonidas qui partait pour les Thermopyles à se montrer digne de Sparte, elle lui demanda ce qu'il fallait qu'elle fasse. Il lui répondit : « Épouser un homme honorable et mettre au monde des enfants honorables. »


* * *

GYRTIAS

Gyrtias. Un jour qu'Acrotatos, son petit-fils, avait reçu de nombreux coups dans une de ces batailles d'enfants et avait été ramené chez lui comme mort, comme toute la maisonnée et toutes les connaissances étaient en pleurs, Gyrtias s'écria : « Allez-vous vous taire ? il vient de montrer de quel sang il était ! » et, ajouta-t-elle, il ne faut pas se lamenter sur les gens honorables, mais les soigner.

Lorsqu'un messager vint de Crète apporter la nouvelle de la mort d'Acrotatos, elle dit : « Ne fallait-il pas qu'arrivé devant les ennemis, il soit tué par eux ou qu'il les tue ? Il est plus agréable d'apprendre qu'il est mort d'une manière digne de moi, de sa cité et de ses ancêtres que d'imaginer qu'il ait pu vivre longtemps de manière indigne ».

* * *

DAMATRIA

Damatria avait appris que son fils s'était montré lâche et indigne d'elle : elle le tua quand il revint. Voici son épitaphe :
Damatrios avait contrevenu à nos lois, sa mère le tua,
Elle, la Spartiate, lui, le Spartiate.


SPARTIATES ANONYMES

Une autre Spartiate, jugeant indigne de sa patrie son fils qui avait abandonné son poste, le tua en disant : « ce rejeton n'est pas de moi ». Voici son épitaphe :
Meurs, vil rejeton, va par les ombres, par dégoût de toi
L'Eurotas ne coule plus pour les cerfs poltrons ;
Dépouille de chien inutile, mauvaise graine, meurs et va chez Hadès,
Meurs, ce qui n'était pas digne de Sparte, je ne l'ai pas mis au monde !

Une autre qui venait d'apprendre que son fils était tombé sur le champ de bataille dit :
Que les lâches soient pleurés ; moi, mon fils, sans te pleurer
Je te mets au tombeau, toi qui es à moi, toi qui es aussi à Sparte.

Une femme qui avait appris que son fils avait échappé au danger en fuyant les ennemis lui écrivit : « il court sur toi une fâcheuse rumeur, soit donc tu y mets un terme, soit tu cesses de vivre ».

Une autre, comme ses fils s'étaient enfuis de la bataille et arrivaient devant elle, leur dit : « Où venez-vous après votre désertion, espèce d'esclaves, avez-vous l'intention de vous enfoncer de nouveau à l'endroit d'où vous êtes issus ? » et joignant le geste à la parole, elle retroussa son vêtement.

Une femme voyant son fils venir vers elle, lui demanda : « Comment va notre patrie ? » Et comme il répondait : « Tous ont péri », elle ramassa une brique, le frappa et le tua, en disant : « Alors c'est toi qu'ils ont envoyé nous porter la mauvaise nouvelle ? »

Un homme racontait à leur mère la mort glorieuse de son frère. « Alors tu devrais avoir honte, lui dit-elle, d'avoir laissé passer l'occasion de l'accompagner dans un si beau voyage ! »

Une femme avait envoyé ses fils (elle en avait cinq) à la guerre. Elle se tenait aux abords de la cité dans l'attente du résultat de la bataille. Elle interrogea quelqu'un qui arrivait et qui lui apprit que tous ses enfants étaient morts. « Ce n'est pas ce que je te demandais, espèce d'esclave, lui dit-elle, je te demandais comment allait notre patrie ». L'homme dit que Sparte était victorieuse. « Alors je suis heureuse, lui dit-elle, même au prix de la mort de mes enfants ».

Une Spartiate mettait son fils au tombeau lorsqu'une femme du commun s'approcha et lui dit :
- Ma pauvre, quel malheur !
- Pas du tout, au nom du ciel, rétorqua-t-elle, quel bonheur ! ce pour quoi je l'avais mis au monde, qu'il meure pour Sparte, cela vient de m'être accordé.

Une femme d'Ionie faisait grand cas d'un tissu de valeur qu'elle avait tissé elle-même. Une Spartiate lui montra ses quatre fils qui étaient de beaux garçons et lui dit : « Voilà l'ouvrage qui convient à une femme convenable et honorable, un ouvrage qui la grandit et dont elle peut se flatter ».

Une autre qui avait entendu dire que son fils menait à l'étranger une vie peu convenable lui écrivit : « Il court sur toi des rumeurs peu convenables : tu y mets fin ou tu cesses de vivre ».

Dans le même genre : des exilés de Chios étaient venus à Sparte et portèrent de nombreuses accusations contre Paedaretos [général spartiate pendant la guerre du Péloponnèse]. Sa mère Teleutia les convoqua et écouta leurs griefs. Quand elle fut sûre que son fils était en faute, elle lui envoya la lettre suivante : « A Paedaretos, de sa mère : agis mieux ou reste là-bas en renonçant à l'espoir de revenir sain et sauf à Sparte ».

Une autre dit à son enfant qui allait être jugé pour un manquement à la loi : « Mon fils, libère-toi de cette accusation ou libère-toi toi-même de la vie »

Une autre, qui mettait son fils boiteux sur le chemin du champ de bataille lui dit : « Mon fils, à chaque pas souviens-toi de ton courage »

Une autre, dont le fils était revenu de bataille blessé au pied et souffrait beaucoup, lui dit : « Mon fils, si tu gardes en mémoire ton courage, tu ne souffriras plus et tu reprendras confiance en toi »

Un Spartiate, blessé à la guerre et incapable de marcher, se déplaçait à quatre pattes. Honteux d'être ridicule, il s'attira cette réflexion de sa mère : « il vaut bien mieux, mon fils, te réjouir de ton courage plutôt que de rougir d'éclats de rire stupides ! »

Une autre dit comme encouragement à son fils en lui remettant son bouclier : « Mon fils, tu le rapportes ou tu reviens dessus. »
Mater Lacania clupeo obarmans filium : Cum hoc, inquit, aut in hoc redi.

Une mère lacédémonienne armait son fils du bouclier :
« Reviens avec ou dessus ! » lui dit-elle.
Ausone, Épigrammes, 25.

Une autre remit son bouclier à son fils qui partait à la guerre en disant : « ce bouclier, ton père a su le conserver pour toi : alors toi, ou bien tu sais le conserver ou bien tu cesses de vivre ».

Une autre répondit à son fils qui disait avoir une épée bien courte : « ajoute-lui la longueur d'un pas ! »

Une autre à qui on annonçait que son fils était mort en combattant courageusement dans une bataille déclara : « Il était bien de moi ». Mais apprenant que son autre fils qui s'était comporté en lâche était sain et sauf, elle dit : « C'est qu'il n'était pas de moi ».

Une autre qui venait d'apprendre que son fils était mort à la bataille sans quitter son poste dit : « Laissez-le et que son frère occupe le poste qu'il laisse vacant ».

Un autre qui était en train de mener une procession officielle, apprit que son fils avait remporté la victoire sur le champ de bataille, mais qu'il était mort des nombreuses blessures qu'il avait reçues. Sans même enlever sa couronne, mais avec un air orgueilleux, elle déclara aux femmes qui étaient près d'elle : « Combien il est plus beau, mes amies, de mourir pour avoir vaincu sur le champ de bataille que de vivre en ayant remporté une victoire olympique ! »

« Un homme racontait à sa soeur la noble mort de son fils. Elle lui dit : « autant je suis heureuse pour lui, autant je suis peinée pour toi qui pouvais partir en si bonne compagnie. »

A une Spartiate, quelqu'un fit demander si elle accepterait de se laisser séduire. Elle répondit : « quand j'étais enfant, j'ai appris qu'il fallait que j'obéisse à mon père, et je l'ai fait ; quand je suis devenue femme, mon mari a remplacé mon père ; si donc ce que tu me demandes est convenable, adresse-toi d'abord à lui ».

Une jeune fille pauvre à qui l'on demandait ce qu'elle apporterait en dot à qui l'épouserait répondit : « les vertus de ma famille ».

Une Spartiate à qui on demandait si elle avait fait les premiers pas vers son mari répondit : « ce n'est pas moi, c'est mon mari qui les a faits ».

Une fille qui avait été violée et qui n'avait rien dit tua l'enfant qu'elle portait. Elle fit preuve d'un tel courage en ne poussant pas un seul cri qu'elle accoucha sans que ni son père ni ceux qui se trouvaient à proximité n'entendissent rien. Le fait de confronter son déshonneur à son honneur l'emporta sur la douleur physique, pourtant considérable.

Une Spartiate, vendue comme esclave à qui l'on demandait ce qu'elle savait, répondit : "Être fidèle".

Une autre, prise à la guerre à qui l'on demandait quelque chose d'approchant, répondit : « Bien tenir ma maison ».

Une autre, à qui quelqu'un demandait si elle se conduirait bien au cas où il l'achèterait, lui dit : « Même si tu ne m'achètes pas ! »

Une autre que l'on mettait en vente et à qui le crieur demandait ce qu'elle savait répondit : « Être libre ». Or, quand son acheteur lui demanda de faire quelque chose qui ne convenait pas à une femme libre, elle lui dit : « Tu vas regretter d'avoir perdu par ta seule mesquinerie un bien d'une telle valeur », et elle se suicida.

Plutarque n'entend pas « quelque chose d'inconvenant », mais « quelque chose qui selon elle n'était pas convenable... ».

Plutarque

Source : Lien

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Mardi 18 décembre 2007 2 18 /12 /2007 22:33
Des purs sommets de la doctrine, la vie des mondes se déroule selon le rythme de l'Eternité. Splendide épiphanie ! Mais aux rayons magiques du firmament dévoilé, la terre, l'humanité, la vie nous ouvrent aussi leurs profondeurs secrètes. II faut retrouver l'infiniment grand dans l'infiniment petit, pour sentir la présence de Dieu. C'est ce qu'éprouvaient les disciples de Pythagore, quand le maître leur montrait, pour couronner son enseignement, comment l'éternelle Vérité se manifeste dans l'union de l'Homme et de la Femme, dans le mariage. La beauté des nombres sacrés qu'ils avaient entendus et contemplés dans l'Infini, ils allaient la retrouver au cœur même de la vie, et Dieu jaillissait pour eux du grand mystère des Sexes et de l’amour.

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L'antiquité avait compris une vérité capitale que les âges suivants ont trop méconnue. La femme pour bien remplir ses fonctions d'épouse et de mère a besoin d'un enseignement, d'une initiation spéciale. De là l'initiation purement féminine, c'est-à-dire entièrement réservée aux femmes. Elle existait en Inde, dans les temps védiques, où la femme était prêtresse à l'autel domestique. En Egypte, elle remonte aux mystères d'Isis. Orphée l'organisa en Grèce. Jusqu'à l'extinction du paganisme nous la voyons fleurir dans les mystères dionysiaques, ainsi que dans les temples de Junon, de Diane, de Minerve et de Cérès. Elle consistait en rites symboliques, en cérémonies, en fêtes nocturnes, puis dans un enseignement spécial donné par des prêtresses âgées ou par le grand prêtre, et qui avait trait aux choses les plus intimes de la vie conjugale. On donnait des conseils et des règles concernant les rapports des sexes, les époques de l'année et du mois favorables aux conceptions heureuses. On donnait la plus grande importance à l'hygiène physique et morale de la femme pendant la grossesse, afin que l'œuvre sacrée, la création de l'enfant, s'accomplisse selon les lois divines. En un mot, on enseignait la science de la vie conjugale et l’art de la maternité. Ce dernier s'étendait bien au delà de la naissance. Jusqu'à sept ans, les enfants restaient dans le gynécée, où le mari ne pénétrait pas, sous la direction exclusive de la mère. La sage antiquité pensait que l'enfant est une plante délicate, qui a besoin, pour ne pas s'atrophier, de la chaude atmosphère maternelle. Le père la déformerait; il faut pour l’épanouir les baisers et les caresses de la mère; il faut l’amour puissant, enveloppant de la femme pour défendre des atteintes du dehors cette âme que la vie épouvante. C'est parce qu'elle accomplissait en pleine conscience ces hautes fonctions considérées comme divines par l'antiquité, que la femme était vraiment la prêtresse de la famille, la gardienne du feu sacré de la Vie, la Vesta du foyer. L'initiation féminine peut donc être considérée comme la vraie raison de la beauté de la race, de la force des générations de la durée des familles dans l'antiquité grecque et Romaine.

En établissant une section pour les femmes dans son institut, Pythagore ne fit donc qu'épurer et approfondir ce qui existait avant lui. Les femmes initiées par lui recevaient avec les rites et les préceptes les principes suprêmes de .leur fonction. Il donnait ainsi à celles qui en étaient dignes la conscience de leur rôle. Il leur révélait la transfiguration de l'amour dans le mariage parfait, la pénétration des deux âmes, au centre même de la vie et de la vérité. L'homme dans sa force n’est-il pas le représentant du principe et de l'esprit créateur ? La femme dans toute sa puissance ne personnifie-t-elle la nature, dans sa force plastique, dans ses réalisations merveilleuses, terrestres et divine ?

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Hé bien, que ces deux êtres parviennent à se pénétrer, complètement corps, âme, esprit, ils formeront à eux deux un abrégé de l’univers. Mais pour croire à Dieu, la femme a besoin de le voir vivre dans l'homme ; et pour cela il faut que l'homme soit initié. Lui seul est capable par son intelligence profonde de la vie, par sa volonté créatrice de féconder l'âme féminine, de la transformer par l’idéal divin. Et cet idéal la femme aimée le lui renvoie multiplié dans ses pensées vibrantes, dans ses sensations subtiles, dans ses divinations profondes. Elle lui renvoie son image transfigurée par l’enthousiasme, elle devient son idéal. Car elle le réalise par la puissance de l’amour dans sa propre âme. Par elle, il devient vivant et visible, il se fait chair et sang. Car si l’homme crée par le désir et la volonté, la femme physiquement et spirituellement génère par l’amour.

Dans son rôle d’amante, d’épouse, de mère ou d’inspirée, elle n’est pas moins grande et elle est plus divine encore que l’homme. Car aimer c’est s’oublier. La femme qui s’oublie et qui s’abîme dans son amour et toujours sublime. Elle trouve dans cet anéantissement sa renaissance céleste, sa couronne de lumière et le rayonnement immortel de son être.

L’amour règne en maître dans la littérature moderne depuis deux siècles. Ce n'est pas l'amour purement sensuel qui s'allume à la beauté du corps comme dans les poètes antiques; ce n'est pas non plus le culte fade d’un idéal abstrait et conventionnel comme au Moyen-âge, non; c'est l’amour à la fois sensuel et psychique qui lâché en toute liberté et en pleine fantaisie individuelle se donne carrière. Le plus souvent les deux sexes se font la guerre dans l'amour même. Révoltes de la femme contre l'égoïsme et la brutalité de l'homme; mépris de l'homme pour la fausseté et la vanité de la femme ; cris de la chair, colères impuissantes des victimes de la volupté, des esclaves de la débauche. Au milieu de cela, des passions profondes, des attractions terribles et d'autant plus puissantes qu'elles sont entravées par les conventions mondaines et les institutions sociales. De là ces amours pleins d'orages, d'effondrements moraux, de catastrophes tragiques sur lesquels roulent presque exclusivement le roman et le drame modernes. On dirait que l'homme fatigué, ne trouvant Dieu ni dans la science ni dans la religion, le cherche éperdument dans la femme. Et il fait bien ; mais ce est qu'à travers l'initiation des grandes vérités qu'il, le trouvera en Elle et Elle en Lui. Entre ces âmes qui 'ignorent réciproquement et qui s'ignorent elles-mêmes, qui parfois se quittent en se maudissant, il y a comme une soif immense de se pénétrer et de trouver dans cette fusion le bonheur impossible. Malgré les aberrations et les débordements qui en résultent, cette cherche désespérée est nécessaire; elle sort d'un divin inconscient. Elle sera un point vital pour la réédification de l'avenir. Car lorsque l'homme et la femme se seront trouvés eux-mêmes et l'un l'autre par l’amour profond et par l'initiation, leur fusion sera la force rayonnante et créatrice par excellence.

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L'amour psychique, l'amour passion d'âme n'est donc entré dans la littérature et par elle dans la conscience universelle que depuis peu. Mais il a sa source dans l'initiation antique. Si la littérature grecque le laisse à peine soupçonner, cela tient à ce qu'il était l'exception rarissime. Cela provient aussi du secret profond des mystères. Cependant la tradition religieuse et philosophique a conservé la trace de la femme initiée. Derrière la poésie et la philosophie officielle, quelques figures de femmes apparaissent à demi voilées mais lumineuses. Nous connaissons déjà la Pythonisse Théocléa qui inspira Pythagore ; plus tard viendra la prêtresse Corinne, rivale souvent heureuse de Pindare qui fut lui-même le plus initié des lyriques grecs; enfin la mystérieuse Diotime apparaît au banquet de Platon pour donner la révélation suprême sur l'Amour. A côté de ces rôles exceptionnels, la femme grecque exerçait son véritable sacerdoce au foyer et dans le gynécée. Sa création à elle, ce furent justement ces héros, ces artistes, ces poètes dont nous admirons les chants, les marbres et les actions sublimes. C'est elle qui les conçut dans le mystère de l'amour, qui les moula dans son sein avec le désir de la beauté, qui les fit éclore en les couvant sous ses ailes maternelles. Ajoutons que pour l'homme et la femme vraiment initiés, la création de l'enfant a un sens infiniment plus beau, une portée plus grande que pour nous. Le père et la mère sachant que l'âme de l'enfant préexiste à sa naissance terrestre, la conception devient un acte sacré, l'appel d'une âme à l'incarnation. Entre l'âme incarnée et la mère, il y a presque toujours un profond degré de similitude. Comme les femmes mauvaises et perverses attirent les esprits démoniaques, les mères tendres attirent les divins esprits. Cette âme invisible qu'on attend, qui va venir et qui vient - si mystérieusement et si sûrement -, n'est-elle pas chose divine ? Sa naissance, son emprisonnement dans la chair sera chose douloureuse. Car, si entre elle et son ciel quitté un voile grossier s'interpose, si elle cesse de se souvenir - ah! elle n'en souffre pas moins ! Et sainte et divine est la tâche de la mère qui doit lui créer une demeure nouvelle, lui adoucir sa prison et lui faciliter l'épreuve.

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Ainsi l'enseignement de Pythagore qui avait commencé dans les profondeurs de l'Absolu par la trinité divine finissait au centre de la vie par la trinité humaine. Dans le Père, dans la Mère et dans l’Enfant, l’initié savait reconnaître maintenant l’Esprit, l’Âme et le Cœur de l’univers vivant. Cette dernière initiation constituait pour lui le fondement de l’œuvre sociale conçue à la hauteur et dans toute la beauté de l’idéal, édifice où chaque initié devait apporter sa pierre.

Edouard Schuré, "Les Grands Initiés", Pythagore, L'ordre et la doctrine
Publié dans : Femina - Par Geo - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

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