Ernst Jünger

Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /2009 16:01
« Un guetteur s'écroule tout d'une masse, ruisselant de sang. Balle dans la tête. Les copains lui arrachent de sa capote le paquet de pansement et le bandent. « C'est plus la peine Willem ! - Mais quoi, vieux, y respire encore ! » Arrivent les brancardiers pour l'emporter au poste de secours. La civière cogne rudement contre les traverses disposées en chicane. A peine a-t-elle disparu que tout reprend son cours habituel. On jette quelques pelletées de terre sur la flaque rouge, et chacun retourne à ses occupations. Seul, un bleu s'appuie encore, tout blême, au revêtement de bois. Il essaie de comprendre ce qui s'est passé. Tout a été si soudain, si affreusement surprenant, un attentat d'une indicible brutalité. C'est impossible, cela n'a pu avoir lieu. Pauvre type, tu en verras d'autres...

Mais souvent aussi, tout se passe joyeusement. Nombre de nos hommes y mettent une ardeur de Nemrod. Ils cotemplent avec un volupté de connaisseurs les effets de l'artillerie sur la tranchée adverse : « Mon vieux, il est bon comme la romaine. - Bon Dieu, regarde comme ça gicle ! Pauvre Tommy ! Sortez vos mouchoirs ! » Ils aiment tirer des grenades à fusil et des mines légères contre les lignes ennemies, au grand mécontentement des timorés. « Laisse donc tes c...ies, on dérouille déjà assez comme ça. » Mais cela ne les empêche pas de réfléchir constamment à la meilleure manière de projeter des grenades avec une espèce de catapulte de leur invention, ou de rendre des approches périlleuses  au moyen d'une quelconque machine infernale. Ils peuvent, par exemple, ouvrir une brèche étroite dans un obstacle, en face de leur créneau, pour attirer au bout de leur fusil un patrouilleur séduit par un passage aussi facile ; une autre fois, ils rampent jusqu'à l'autre côté et attachent aux barbelés anglais une clochette qu'ils agitent de leur propre tranchée, au bout d'une longue ficelle, pour affoler les guetteurs anglais. Que voulez-vous ? la guerre les amuse. »

* * *

« Le grand moment était venu. Le barrage roulant s'approchait des premières tranchées. Nous nous mîmes en marche... Ma main droite étreignait la crosse de mon pistolet et la main gauche une badine de bambou. Je portais encore, bien que j'eusse très chaud, ma longue capote et, comme le prescrivait le règlement, des gants. Quand nous avançâmes, une fureur guerrière s'empara de nous, comme si, de très loin, se déversait en nous la force de l'assaut. Elle arrivait avec tant de vigueur qu'un sentiment de bonheur, de sérénité me saisit.

L'immense volonté de destruction qui pesait sur ce champ de mort se concentrait dans les cerveaux, les plongeant dans une brume rouge. Sanglotant, balbutiant, nous nous lancions des phrases sans suite, et un spectateur non prévenu aurait peut-être imaginé que nous succombions sous l'excès de bonheur. »

Ernst Jünger, « Orages d'acier »
Publié dans : Ernst Jünger - Par Mathieu - Ecrire un commentaire - Voir les 25 commentaires
Dimanche 13 juillet 2008 7 13 /07 /2008 18:27

 
« Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les cœurs abjects. »

Ernst Jünger, "Sur les falaises de marbre"

Publié dans : Ernst Jünger - Par Mathieu - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

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  • : Orientations existentielles dans une époque de dissolution.

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