Mais en attendant, que faire en cette fin de siècle, qui ressemble à la descente dans un gouffre, par un crépuscule
menaçant, alors que son début avait paru la montée vers les libres sommets sous une brillante aurore ? - La foi, a dit un jour un grand docteur, est le courage de l'esprit qui s'élance en avant,
sûr de trouver la vérité. Cette fois-là n'est pas l'ennemi de la raison, mais son flambeau ; c'est celle de Christophe colomb et de Galilée, qui veut la preuve et la contre-épreuve, provando et
riprovando, et c'est la seule possible aujourd'hui.
Pour ceux qui l'ont irrévocablement perdue, et ils sont nombreux - car l'exemple est venu de haut, la route est facile et toute tracée : - suivre le courant du jour, subir son siècle au lieu de
lutter contre lui, se résigner au doute ou à la négation, se consoler de toutes les misères humaines et des prochains cataclysmes par un sourire de dédain, et recouvrir le profond néant des
choses - auquel on croit -d'un voile brillant qu'on décore du beau nom d'ideal - tout en pensant que ce n'est que chimère utile.
Quant à nous pauvres enfants perdus, qui croyons que l'Ideal est la seule Réalité et la seule Vérité au milieu d'un monde changeant et fugitif, qui croyons à la sanction et à l'accomplissement
des ses promesses, dans l'histoire de l'humanité comme dans la vie future, qui savons que cette sanction est necéssaire, qu'elle est la récompense de la fraternité humaine, comme la raison de
l'univers et la logique de Dieu ; - pour nous, qui avons cette conviction, il n'y a qu'un seul parti à prendre : affirmons cette Vérité sans crainte et le plus haut possible ; jetons-nous pour
elle et avec elle dans l'arène de l'action, et par-dessus cette mêlée confuse, essayons de pénétrer par la méditation et l'initiation individuelle dans le Temple des Idées immuables, pour nous
armer là des principes infrangibles.
Edouard Schuré, "Les Grands Initiés"


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