Olympia - Les Dieux du Stade II - La Fête de la Beauté
Les JO de Berlin en 1936 : Légendes et réalité
Il y a soixante ans, le 1er août 1936, s'ouvraient les Jeux olympiques de Berlin. Comme tout ce qui entoure le régime national-socialiste, ces Jeux ont été et restent l'objet de légendes malveillantes. La principale prétend que, le 4 août, Hitler aurait précipitamment quitté la tribune officielle, ulcéré et atterré par la large victoire du noir américain Jesse Owens sur l'aryen Luz Long dans l'épreuve du saut en longueur.
Deux chercheurs, en particulier, se sont attachés à tordre le cou à ces rumeurs infondées : Robert Faurisson, qui a rédigé un texte mis en ligne sous le titre : « Mythes juifs autour
des JO de Berlin (1936) » [1], et Philippe Gauthier, auteur d'un ouvrage intitulé Le racisme anti-allemand [2]. Leurs travaux sont décisifs et je n'aurai pas la prétention
de faire mieux. J'invite mes lecteurs qui ne les connaîtraient pas encore à s'y reporter d'urgence.
Si j'ai tout de même choisi d'écrire sur le sujet, c'est uniquement parce que je l'ai étudié d'une manière différente. Alors que R. Faurisson et P. Gauthier se sont principalement appuyés sur des
documents écrits bien après coup, j'ai lu les comptes rendus parus dans la presse quotidienne au moment des faits. Cette lecture me permet aujourd'hui d'apporter certaines précisions sur ces Jeux
devenus tabous.
Quelques faits utiles à rappeler
Des Jeux magnifiques
Je passerai rapidement sur la magnificence de ces olympiades. Le 30 juillet 1936, l'ambassadeur de France à Berlin, M. François-Poncet, déclara aux athlètes français qui venaient d'arriver :
Les jeux auxquels vous allez prendre part, ont été organisés par l'Allemagne avec une ampleur, une splendeur jamais atteintes. [3]
Le lendemain, l'envoyé spécial de Paris-Soir, Gaston Bénac, écrivit :
L'organisation, le cadre sont tellement grandioses et tout a été poussé si loin dans chaque spécialité, dans le moindre détail, qu'on a l'impression que les Allemands ont voulu jouer un bon tour aux Américains, les princes des records du monde en toutes choses [...].
On a voulu faire grand et battre des records. Je crois qu'on a pleinement réussi. [4]
Deux-poids-deux-mesures
Il faut en effet savoir que les précédents JO avaient été organisés à Los Angeles. A cette occasion, la métropole californienne avait organisé une cérémonie d'ouverture d'une ampleur sans précédent dans l'histoire des jeux :
Cent cinquante chanteurs, trois cent musiciens, des fanfares placées aux quatre coins du stade, au total trois mille exécutants : jamais une cérémonie olympique n'a mobilisé autant d'acteurs. [5]
Autre nouveauté remarquable, sur un terrain nu, les organisateurs avaient construit (en préfabriqué) un « village olympique » chargé d'accueillir les participants, ce qui marquait « une révolution dans l'histoire des Jeux » :
Les pavillons sont très confortables. Ils comportent deux pièces, plus une salle de bain et des toilettes [...]. Les athlètes ont aussi à leur disposition des restaurants, des salles de jeux, des bibliothèques, une banque, une poste et même un cinéma en plein air de deux mille places [Ibid., p. 60.].
De façon évidente, à une époque de crise économique, la plus grande démocratie du monde avait tenu à redorer son image de marque en démontrant qu'elle savait entreprendre efficacement. Aujourd'hui, personne ne critique cette façon - naturelle - d'agir. Mais il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de l'Allemagne hitlérienne. Le 7 juillet dernier, à propos de la magnificence des Jeux de 1936, un quotidien belge écrivit :
Les nationaux-socialistes ont instrumentalisé le sport pour servir leurs desseins. Le stade olympique est ainsi devenu le symbole de l'architecture et de la propagande fascistes. [6]
C'est toujours la même chose : ce qui est autorisé de la part des « bons » ne l'est jamais lorsqu'il s'agit des « méchants ».
Quand l'autorité a du bon
La première victoire des Jeux fut remportée par l'Allemande T. Fleischer au lancer du javelot. Par la suite, les performances de ses compatriotes démontrèrent les progrès vertigineux accomplis par l'athlétisme allemand depuis 1932. Le 3 août 1936, l'envoyé spécial du Matin écrivit : « Voilà le résultat de l'éducation physique préconisée, encouragée et peut-être même imposée ici à bon escient. » [7]
Le lendemain, il revint sur le sujet, précisant :
Il est toujours très délicat d'établir des comparaisons entre des nations et de sembler vouloir abaisser l'une pour élever l'autre. N'oublions pas cependant que l'athlétisme français, qui se défendait très bien en 1908 aux Jeux de Londres alors que l'athlétisme allemand était inexistant, est maintenant nettement, ridiculement dépassé par celui-ci : parce qu'en Allemagne l'éducation physique a été comprise et appliquée comme il fallait le faire avec un très large enseignement officiel, alors que chez nous l'éducation physique, s'étiolant dans les limbes, se trouve toujours à l'étude dans des commissions, des sous-commissions [...].
On dira qu'un championnat et qu'un record, même olympiques, ne font pas le bonheur d'une nation. Oui certes, mais ils contribuent à son prestige, à sa puissance, parce que l'enfant pratiquant les exercices en plein air devient fort, sain et solide. On dirait vraiment que les Français ont oublié l'histoire grecque. Les Allemands, eux, en ont fait profit. [8]
Alors que les jeux se terminaient et que les premiers bilans étaient dressés, l'Allemagne devançant nettement la France avec 31 victoires dans les différents sports contre 7, l'envoyé spécial conclut :
On peut mesurer le chemin énorme parcouru par le sport allemand depuis 1932 à Los Angeles où il était crédité de 3 victoires. Passer de 3 à 20 [sic : lire « 31 »] est un résultat qu'aucune nation n'a obtenu depuis que les jeux existent. Détrôner les Etats-Unis de leur piédestal [ils arrivaient derrière l'Allemagne avec 24 victoires] est encore un résultat formidable qui prouve que quand on veut, on peut. [9]
Nous retrouvions là, appliquée au sport, toute la différence qui existait (et qui existe) entre le parlementarisme décadent et les régimes forts. Un régime fort peut, parce qu'il veut ; un régime parlementaire ne veut plus rien, si ce n'est survivre le plus longtemps possible pour assurer les prébendes...
Contre les chrétiens bornés
J'en profite pour écarter un argument trop souvent invoqué par les chrétiens bornés contre le national-socialisme. Ces individus prétendent que le sport de masse, avec pour objectif un développement harmonieux des corps, serait le symptôme d'un « naturalisme » insupportable. S'appuyant sur la première épître de saint Paul aux Corinthiens selon laquelle « Dieu a choisi dans le monde ce qu'il y a de plus faible pour confondre les forts » [10], ils présupposent que l'amour de Dieu ne peut s'épanouir que chez les êtres qui répriment leur nature, donc qui méprisent leur corps. D'où cette méfiance pour la culture physique que l'on retrouve chez de nombreux « tradis ».
Or, comme l'ont écrit les théologiens de l'Ami du Clergé : « plus l'œuvre de la nature sera parfaite et plus l'œuvre de la grâce deviendra facile » ; et encore : « plus le naturel sera parfait et plus la correspondance des deux ordres [l'ordre naturel et l'ordre surnaturel] s'affirmera » [11]. Autrement dit : un corps sain est un réceptacle privilégié pour la grâce divine.
L'extrait de saint Paul cité contre cela ne signifie nullement qu'il devrait y avoir opposition ou même absence de correspondance entre l'ordre de la nature et l'ordre de la grâce. En vérité, l'apôtre évoquait son ministère à Corinthe, face à des personnes qui appréciaient la « sagesse philosophique » dont il était lui-même dépourvu. Fort de son expérience à Athènes, Paul rappelait que ni la philosophie, ni l'éloquence, ni les artifices du langage ne convertiraient le monde et qu'aux subtilités de la philo il fallait opposer la simplicité d'esprit. Son message se bornait à dire cela. Comme l'a écrit F. Prat : « Il [S. Paul] n'affirme pas absolument que sa méthode soit la seule bonne, mais elle était la seule applicable à Corinthe, dans ce milieu d'esprits raisonneurs, prévenus d'une fausse sagesse contre laquelle les meilleurs arguments seraient venus se briser ». [12] Et l'Ami de conclure :
Il s'agit donc d'un cas particulier à l'Eglise de Corinthe, situation tout extérieure, et qui n'a rien à voir avec les rapports de la nature et de la surnature. [13]
Voilà pourquoi on, ne saurait opposer saint Paul aux partisans de la culture physique. On ne le répètera jamais assez : le bon catholique n'est pas un être pâle, chétif et gauche, occupé toute la journée à prier et à réprimer ses penchants naturels ; c'est un être bien développé, aimant la vie et la nature...
Sympathie allemande pour la France
Autre aspect oublié de ces JO : la sympathie manifestée pour la France par les Allemands. Elle fut si nette que les auteurs de la rétrospective intitulée Olympiades n'ont pas pu l'occulter : « Les Français, écrivent-ils, ont obtenu un succès assez surprenant dans les circonstances actuelles ». [14] Mais ils s'empressent de relativiser le fait en soulignant :
Il est vrai qu'en passant devant la tribune officielle, [les athlètes français] avaient fait le salut olympique, que la foule avait pris pour le salut hitlérien. [15]
Les spectateurs auraient donc applaudi non les Français, mais des étrangers qui saluaient le Führer. C'est cependant oublier que les Allemands n'avaient pas attendu la cérémonie d'ouverture et le salut pour manifester leur sympathie aux Français. Dès leur arrivée à Berlin (le 30 juillet), les athlètes d'outre-Rhin avaient été chaleureusement accueillis. Dans sa livraison du 31 juillet 1936, Le Matin titra en première page : « Les athlètes français participant aux Jeux olympiques de Berlin, sont accueillis avec enthousiasme ».
Plus précis, Paris-Soir écrivit :
Décidément, les sportifs français sont toujours merveilleusement accueillis en Allemagne. Dans la traversée des villes et des faubourgs, le train olympique qui
se signalait par les anneaux symboliques était l'objet d'enthousiastes saluts et de grands cris de joie. De la frontière jusqu'à la capitale allemande, les nôtres sentirent cette présence
réconfortante d'une amitié réelle. A l'arrivée à Berlin, ce fut pis encore. Des milliers de gens avaient envahi la place de la gare pour acclamer l'équipe française. [16]
Plus loin, sous le titre : « Une arrivée triomphale
», un autre envoyé spécial, qui avait assisté à l'arrivée des athlètes français à la gare de Berlin, écrivit :
La musique entonna aussitôt la Marseillaise et tous les Allemands qui se tenaient sur le quai
d'arrivée et les quais voisins levaient les bras pour saluer notre hymne national et notre équipe.
Puis, son excellence M. Lewald, [juif] président du Comité [olympique]
allemand, prit la parole pour saluer de vive voix et de tout son cœur les deux cents Français venus à Berlin pour faire honneur à nos
couleurs nationales.
Et l'enthousiasme fut vraiment indescriptible lorsque M. Lewald termina son discours par un cordial : « Vive la France ! »
Après quelques paroles de remerciements [...], la cavalcade olympique se mit en mouvement pour descendre lentement les escaliers. Les champions de France Taris, Winter, Hostin, nos escrimeurs,
nos rameurs, nos nageurs furent vivement acclamés par le public. De retentissants cris de : « Vive la France !... » furent aussitôt repris par la foule jusqu'à ce que, vers une heure du matin,
les autocars puissent démarrer [...] [Id.].
On le voit, les Allemands éprouvaient une très grande sympathie pour la France, sympathie sincère et nullement due à un « salut
hitlérien » qui aurait été effectué la délégation française lors du défilé d'ouverture des Jeux.
De quel côté du Rhin de trouvaient les « méchants » et les « revanchards » ?
C'était d'autant plus extraordinaire qu'aux JO de 1924 à Paris, le gouvernement français avait empêché la participation de l'Allemagne au motif « qu'il n'était
pas en mesure d'assurer la sécurité de la délégation germanique ». [17] Douze ans plus tard, l'Allemagne hitlérienne aurait pu rendre aux Français la monnaie de leur pièce. Mais non !
Oubliant cet affront, oubliant les odieux mensonges colportés sur son compte, oubliant la méfiance pathologique de sa voisine, cette Allemagne hitlérienne accueillait la France à bras ouvert,
acclamant son hymne national et saluant chaudement ses représentants...
Vraiment, les « méchants » et les « revanchards » ne sont pas ceux que l'on prétend.
Hitler bénéficiait d'une protection minimale dans ses déplacements
Ces Jeux confirmèrent également qu'en Allemagne, Hitler se déplaçait avec une protection minimale et qu'il aurait été aisément possible de le tuer. Le 16 août 1936, ainsi, jour de la clôture des
JO, un événement insolite survint, raconté en ces termes par un envoyé spécial de Paris-Soir :
Pour clore ces brillants Jeux, une spectatrice du stade de natation, qui serait américaine si l'on en croit son signalement : grande, gesticulante etc., n'a pas
voulu quitter Berlin sans avoir donné un baiser d'adieu au Führer.
Initiative difficile car, bien que le Chancelier circule en liberté, il est toujours escorté d'une garde protectrice composée de beaux grands garçons, ce qu'il y a de mieux né dans toute
l'Allemagne, portant l'uniforme noir des gardes d'assaut. Mais cela n'empêcha pas l'inconnue [...] de forcer cette garde et de se jeter sur le maître du Reich pour lui manifester son
admiration.
- Un baiser, Excellence, un seul, dit-elle.
Et, à deux reprises, l'audacieuse plaque sa bouche sur la joue d'Adolf Hitler. La foule, sidérée, s'était dressée. Mais comme le Führer n'avait pas bronché et que son admiratrice, folle de joie,
trépignait comme une fillette, malgré sa quarantaine généreuse, cette foule l'applaudit bonnement. [18]
L'Allemagne hitlérienne, pays païen ?
Pour terminer avec ces petits faits aujourd'hui occultés, soulignons que le 1er août 1936, avant la cérémonie officielle d'ouverture, les membres du Comité international olympique assistèrent
« à l'église catholique et au temple protestant à un service à la mémoire des athlètes décédés ». [19] Et une fois la flamme olympique allumée par
l'haltérophile allemand Rudolf Ismayr, « la chorale entonna l'Alleluia de Haendel ». [20]
L'Allemagne hitlérienne, pays païen ? Permettez-moi de sourire...
A l'opposé, je rappelle qu'en 1900, aux JO de Paris, les organisateurs avaient reporté les épreuves qui devaient se dérouler le samedi 14 juillet, jour de la fête nationale (purement profane), au
lendemain dimanche. Cette décision, prise autoritairement, provoqua l'ire de la plupart des athlètes anglais et américains, ceux-ci refusant de courir le jour du Seigneur [21]. Mais les
organisateurs restèrent inflexibles. C'est ainsi que le dimanche, il y eut beaucoup d'absents, en particulier l'Américain Myer Prinstein, recordman du monde du saut en longueur, qui ne
put participer à la finale de l'épreuve et qui laissa la victoire à son compatriote, l'israélite Alvin Kraenzlien. Le soir, l'incident s'envenima et les deux hommes en vinrent aux mains,
ce qui provoqua une bagarre générale au sein de l'équipe américaine (Id.).
Partie II


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