Knut Hamsun

Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /2009 22:27

« - Eh bien ! Dieu soit avec vous ! dit-elle en partant.

- Il doit bien l'être, répondit-il.
Elle sursauta : « Vous en êtes sûr ? Comment cela ? »
- Il doit avoir des raisons pour cela. Certes, il est Dieu de toute créature. Mais ça n'a rien de bien extraordinaire que d'être Dieu des animaux et des montagnes. C'est vraiment nous autres, êtres humains, qui faisons de lui ce qu'il est. Et alors, pourquoi ne serait-il pas avec nous ? »

Knut Hamsun, « Rêveurs ».
Publié dans : Knut Hamsun - Par Mathieu - Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /2009 22:52

Pan

Pan

Knut Hamsun

Pan est, après La Faim, le second et incontestable chef d'oeuvre de Knut Hamsun. Portrait d'un être complexe, le lieutenant Glahn, qui ne conquiert son unité que  « dans un rapport privilégié avec la nature, le roman campe un personnage moderne, dans les pensées et les sentiments duquel il se produit des bonds délicats et arbitraires ». Glahn est chasseur, fils de la forêt, ermite vivant dans une hutte avec son chien pour toute compagnie. Mais la femme flaire toujours la piste du solitaire.

Le chasseur est débusqué, pourchassé par une jeune fille, l'androgyne Edvarda, qui n'a de cesse qu'il ne tombe à ses genoux, esclave d'amour à perpétuité... Dans la lumière de l'été du Nordland, l'ombre d'Edvarda, souveraine et fantasque, plane sur la vie, les jours, les pensées de Glahn, l'orgueilleux devenu pantin, qui, dans un sursaut de révolte, prend à son tour une esclave d'amour, Eva la servante, éperdue de tendresse pour l'égaré.

*
*  *

« Les héros hamsuniens, Nagel de "Mystères", surnommé l'"étranger de l'existence", et Glahn de "Pan", sont des comètes, des étoiles arrachées à leur orbite. Glahn vit en communion avec la nature mais des lubies urbaines, incarnées dans l'image d'Edvarda, femme fatale, lui font perdre cette harmonie et le conduise au suicide, après un voyage aux Indes, quête aussi fébrile qu'inutile. Tous deux vivent le destin de ces vagabonds qui n'ont pas la force de retourner définitivement à la terre ou qui, par stupidité, quittent la forêt qui les avait accueillis, comme le fit Hamsun à l'époque de son bref rêve américain. »

Robert Steuckers, L'itinéraire de Knut hamsun
Publié dans : Knut Hamsun - Par Mathieu - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /2008 20:15


« Ce fut une soirée remarquable, un tournant. Inger s'était écartée longtemps du droit chemin, et il avait suffi de la soulever un instant pour l'y faire rentrer. Ils ne parlèrent pas de ce qui s'était passé. Isak s'était senti honteux d'avoir agi de la sorte à cause d'un thaler, qu'il finirait par donner parce qu'il serait lui-même content de l'envoyer à Eleseus. Et puis, cet argent, n'était-il pas à Inger aussi bien qu'à lui ? Au tour d'Isak de se sentir humble !

Inger avait encore changé. Elle renonçait à ses manières raffinées et redevenait sérieuse : une femme de paysan, sérieuse et réfléchie, comme elle était auparavant. Penser que la rude poigne d'un homme pouvait accomplir de telles métamorphoses ! Il devait en être ainsi ! Une femme robuste et saine, mais gâtée par un long séjour dans une atmosphère artificielle, s'était heurtée à un homme qui se tenait solidement sur ses pieds. Il ne s'était pas laissé écarter un instant de sa place naturelle sur la terre, de son lopin. »

Knut Hamsun, « L'éveil de la glèbe »

Publié dans : Knut Hamsun - Par Mathieu - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /2008 10:48

L'Eveil de la glèbe est paru en Norvège en 1917. Isak et Inger, prototypes de l'humanité, se rencontrent sur une lande désertée. Le domaine de Sellanraa, c'est le jardin d'Eden après la Chute. L'homme, Isak, y travaille inlassablement. Autour de lui, l'infanticide, le mensonge, la jalousie, la concupiscence, la cupidité, le progrès sont autant de tentations auxquelles succombent tour à tour sa femme, ses enfants, ses proches et ses ennemis. Isak, rivé à sa terre, n'a qu'un but : défricher. C'est à partir de cette métaphore que Knut Hamsun construit un roman de la rédemption, animé d'ailleurs d'un véritable souffle biblique.

L'Eveil de la glèbe est aussi un formidable portrait de femme, Inger est à la fois la raison de vivre d'Isak et ce qui le menace radicalement. Inger est un principe d'épreuve : il lui faut vivre toutes les vies possibles avant de revenir vers celui qui n'aura pas changé.

"Inger a été sur la mer, elle a vécu à la ville : elle est chez elle à présent. Le monde est vaste, fourmillant de créatures, Inger n'est, dans ce fourmillement, qu'une créature humaine parmi d'autres, innombrables. Voici le soir !"


*  *  *

Voici l'histoire d'Adam et Ève. Mais une histoire racontée bien après la Chute. Et dans un jardin d'Eden revisité qui ressemblerait fort aux landes désertiques de la Norvège. Le domaine de Sellanraa, pour être précis. Lui s'appelle Isak. Elle, Inger. Autour d'eux l'infanticide, le mensonge, la concupiscence, la cupidité ou encore ce que l'on pourrait résumer par ce mot terrible pour Knut Hamsun, synonyme de toutes les turpitudes du monde en général et de notre siècle en particulier : le progrès. A partir de cette métaphore, le romancier a construit un grand roman, exemplaire de son art et de ses obsessions, sur le thème de la rédemption, et animé d'un puissant souffle biblique. L'Eveil de la glèbe parut en 1917. A cette date, le progrès se déclinait encore partout en Europe dans les affres de la Première Guerre mondiale. Depuis 1890 et la parution de La Faim, Knut Hamsun était devenu une célébrité. Trois ans après L'Eveil de la glèbe, l'écrivain norvégien, fils de paysans et autodidacte, recevait le prix Nobel.

*  *  *

C'est aussi à 50 ans, en 1909, que Hamsun se marie pour la seconde fois - un premier mariage avait échoué - avec Marie Andersen, de 24 ans sa cadette, qui lui donnera de nombreux enfants et demeurera à ses côtés jusqu'à son dernier souffle. La vagabond devient sédentaire, redevient paysan (Hamsun achète plusieurs fermes, avant de se fixer définitivement à Nörholm), retrouve sa glèbe et s'y raccroche. L'événement biographique se répercute dans l'oeuvre et l'innocence anarchique se dépouille de ses excès et pose son "idéal", celui qu'incarne Isak. La trame de "L'Eveil de la Glèbe", c'est la conjugaison du passé vagabond et de la réimbrication dans un terroir, la dialectique entre l'individualité errante et l'individualité qui fonde une communauté, entre l'individualité qui se laisse séduire par les chimères urbaines et modernes, par les artifices idéologiques et désincarnés, et l'individualité qui accomplit sa tâche, imperturbablement, sans quitter la Terre des yeux. La puissance de ces paradoxes, de ces oppositions, vaut à Hamsun le Prix Nobel de Littérature. "L'Eveil de la Glèbe", avec son personnage central, le paysan Isak, constitue l'apothéose de la prose hamsunienne.

Robert Steuckers, "L'itinéraire de Knut Hamsun"
Publié dans : Knut Hamsun - Par Geo - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires

Du Haut Des Cimes

  • : Du Haut Des Cimes
  • dhdc2917
  • : 31/03/2007
  • : Orientations existentielles dans une époque de dissolution.

Visiteurs

Il y a  5  personne(s) sur ce blog

Derniers Commentaires

Un livre, un glaive


Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus