Walter Flex

Jeudi 5 juin 2008 4 05 /06 /2008 18:28

Mon regard tomba, par hasard, sur Ernst Wurche. Il était assis, silencieux, dans son coin, mais la joyeuse clarté de ses yeux jouait à qui mieux avec le soleil de mai sur les pages d'un livre ouvert sur ses genoux. C'était son Nouveau Testament. "Ernst, mon vieux, est-ce que tu dors ?" Lui lançai-je, taquin, puisqu'il dédaignait de se mêler à nos conversations. Il leva sur moi un regard de plénitude et de cordialité. Puis, d'un mouvement vif et joyeux, il avança vers moi le petit volume noir, tapotant du doigt une sérire de lignes :

"Celui qui a porté en même temps que moi la main au plat, c'est lui qui me trahira," lis-je. Je crus le comprendre : "C'est l'Italie ?" lui demandai-je. Il acquiesça d'un signe de tête et tapota du doigt un autre passage :

"Alors s'en alla l'un d'eux qui se nommait Judas Ischariote et dit : Que voulez-vous me donner ? Je vais vous le livrer..." Je l'approuvai de la tête, et il tourna rapidement quelques feuilles : "Et cela sera la fin". Son index reposait sur la pitoyable parole du traître : "J'ai mal agi en trahissant le sang innocent" ; et plus loin : "Ils dirent : En quoi cela nous regarde-t-il ? C'est ton affaire !"


Aucune trace de prosélytisme dans la franchise de son regard et dans la gaité de son geste. Etendue et plénitude était son âme, et l'esprit dans lequel il lisait ces passages de la Bible n'était, par sa clarté et sa force, nullement différent de celui dans lequel nous regardions, en partant vers le front français, l'arc-en-ciel lunaire dessiné sur le ciel de Dieu. Son christianisme était force et vie. Un éveil au sentiment religieux issu de la lâcheté, était à ses yeux chose lamentable. Un silencieux et cordial mépris l'animait à l'égard de la prolifération, aussi bien au front qu'à l'intérieur, du christianisme né de la peur et de la prière, fille de la panique, pratiquée par les poltrons. De ces gens-là, il dit une fois : "Ils essayent toujours d'introduire leurs cafouillages dans la volonté de Dieu. La volonté de Dieu n'est pas, pour eux, aussi sacrée que leur petite vie. On ne devrait jamais prier que pour demander la force. L'homme doit tendre la main vers la main de Dieu, et non pas essayer d'arracher à cette main divine quelques sous." Son Dieu portait un glaive à la ceinture, et son Christ aussi devait porter un glaive de clarté, quand avec lui il marchait au combat. En cette heure, il voyait le tranchant de l'arme blanche voler contre l'allié félon. On en voyait le feu ardre dans ses yeux.

Walter Flex, "Le pèlerin entre deux mondes".

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Mardi 20 mai 2008 2 20 /05 /2008 18:11
Par une nuit de tempête sur le front de Lorraine en 1914, un étudiant, volontaire de guerre, griffonne les premiers vers de ce qui va devenir un des plus fameux chants d'Europe : « Les Oies sauvages... » C'est également le début d'un des ouvrages allemands les plus populaires de la Première guerre mondiale. Dans le havresac des soldats, il côtoie Nietzsche, Schopenhauer ou Lons. C'est que Le pèlerin entre deux mondes est un hymne passionné à l'esprit des Wandervogel (les Oiseaux migrateurs), mouvement de jeunesse qui associe retour à la nature et sagesse... Que la guerre, puisqu'elle s'est imposée, serve de révélateur à cet art de vivre, annonce d'une nouvelle communauté qui doit émerger dans l'avenir.

Les appels presque mystiques au soleil et à l'esprit des forêts, la tendresse et la poésie qui baignent le récit de Walter Flex, les évocations d'un christianisme viril et d'un paganisme compatissant, l'absence de haine pour l'adversaire, le cri des oies sauvages deviennent autant d'échos des aspirations profondes du peuple.

Contre les pesanteurs et les mensonges d'une société individualiste et mercantile, l'esprit Wandervogel développe une pédagogie de la libération et du respect.

La présentation et la traduction de Philippe Marcq restituent sobrement la lumineuse poésie du texte original. L'introduction de Robert Steuckers évoque parfaitement l'œuvre et le contexte spirituel d'un auteur inconnu en France et oublié en Allemagne.

En vente sur le site des éditions A.C.E
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  • : Du Haut Des Cimes
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  • : 31/03/2007
  • : Orientations existentielles dans une époque de dissolution.

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