Plotin

Lundi 21 avril 2008 1 21 /04 /2008 19:10

Né en Égypte au début du IIIe siècle apr. J.-C., Plotin s'installe à Rome en 246, en terre stoïcienne, pour y enseigner les principes d'une philosophie platonicienne et y inaugurer la tradition qu'on dit aujourd'hui « néoplatonicienne ». De 254 jusqu'à la veille de sa mort, en 270, Plotin rédige un ensemble de textes que son disciple Porphyre éditera vers l'année 300 en les distribuant en cinquante-quatre traités, regroupés en six « neuvaines » : les Ennéades. Dans ces traités, Plotin se propose de guider l'âme de son lecteur sur le chemin d'une ascèse qui doit la conduire vers son principe, « l'Intellect » et lui permettre alors de percevoir, pour s'y unir, le principe de toutes choses qu'est « l'Un ».

La présente collection regroupera, en neuf volumes, les cinquante-quatre traités de Plotin, traduits et présentés dans l'ordre chronologique qui fut celui de leur rédaction.

Les Ennéades :

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Dimanche 16 décembre 2007 7 16 /12 /2007 16:35

8.  - De quelle façon pourra-t-il donc voir ? Par quel moyen ? Comment aura-t-on la vision de cette « beauté immense » qui, en quelque sorte, demeure à l'intérieur des temples sacrés sans se risquer à l'extérieur pour que nul profane ne la voie ?
  
- Oui, et qu'il s'en retourne et cherche à s'associer à sa propre intimité, celui qui le peut, abandonnant la vue exté­rieure par les yeux et ne s'intéressant plus à la splen­deur précédemment envisagée dans les corps. Les voyant, en effet, ces beautés corporel1es, il ne faut pas courir vers elles, mais, sachant qu'el1es ne sont que des images, des traces et des ombres, il faut fuir vers ce dont elles sont images. Car si quelqu'un se précipite vers elles en voulant les saisir parce qu'il pense qu'il s'agit de l'être véritable, il serait comme l'homme qui, ayant voulu saisir son beau reflet porté sur l'eau, comme le raconte quelque part un mythe en s'exprimant par énigmes, je pense, disparut tout au fond de l'eau. De la même manière, celui qui est épris des beaux corps et ne s'en détourne pas, ce n'est pas par son corps, mais par son âme, qu'il tombera dans l'obs­curité, vers des profondeurs funestes à l'intellect où, aveugle, il séjournera dans l'Hadès associé en permanence à des ombres. Le conseil le plus juste que l'on puisse donner est donc: « Fuyons vers notre chère patrie. »
     - Quelle est cette fuite, et comment remonterons-nous?
   
  - Prenons le large, comme le fit Ulysse, nous dit Homère - et il me semble alors parler par énigmes -, en quittant la magicienne Circé et Calypso parce qu'il ne se plaisait pas à demeurer chez elles, malgré tous les agréments dont sa vue jouissait et la fréquentation d'une abondante beauté sensible. Notre patrie, c'est le lieu d'où nous sommes venus, et notre père est là-bas.
     - Quel est donc ce voyage et quelle est cette fuite?
     - Ce n'est pas à pied qu'il te faut cheminer, parce que les pieds transportent toujours d'une région de la terre à une autre. Ne va pas non plus préparer un attelage ou un quelconque navire, mais laisse tout cela et une fois que tu auras fermé les yeux, échange cette manière de voir pour une autre et réveille cette vision que tout le monde possède, mais dont peu font usage.


9.    -
Mais que voit cette vision intérieure?
      - Dès qu'elle est réveillée, elle n'est pas du tout capable de voir les objets éclatants. Il faut donc commencer par habituer l'âme elle-même à voir les « belles occupa­tions », puis les beaux travaux, non pas ceux des tech­niques, mais ceux des hommes de bien comme on les appelle. Alors, elle pourra voir l'âme de ceux qui accom­plissent ces « beaux travaux ».
     
  - Comment donc pourras-tu voir la sorte de beauté que possède l'âme bonne ?
Retourne en toi-même et vois. Et si tu ne vois pas encore ta propre beauté, fais comme le fabriquant qui doit rendre une statue belle: il enlève ceci, efface cela, polit et nettoie jusqu'à ce qu'une belle apparence se dégage de la statue; de même pour toi, enlève le superflu, redresse ce qui est tordu et, purifiant tout ce qui est ténébreux, tra­vaille à être resplendissant. Ne cesse de sculpter ta propre statue jusqu'à ce que brille en toi la splendeur divine de la vertu et que tu voies la tempérance qui siège sur son « auguste trône ». Si tu es devenu cela et que tu te vois dans une telle disposition, alors tu es devenu pur et il n'y a plus aucun obstacle qui s'opposerait à devenir ainsi un ; tu n'as plus dans ton rapport à toi-même un autre élé­ment qui se mélange à toi, mais tu seras devenu alors entièrement une unique et authentique lumière ; elle n'est pas mesurée par une grandeur ou un contour qui en limiterait l'éclat en l'amoindrissant ou, au contraire, par son illimitation, en pourrait augmenter l'ampleur : elle est absolument sans mesure, comme peut l'être ce qui est plus grand que toute mesure et supérieur à toute quantité. Si tu deviens cela, tu pourras te voir. Étant devenu une vision, aie confiance en toi car, même ici-bas, tu es dès à pré­sent parvenu à monter et tu n'as plus besoin qu'on te montre le chemin ; le regard tendu, vois! C'est lui, en effet, ce regard, le seul œil qui puisse voir la grandeur du beau. Et si cet œil arrive jusqu'à cette contemplation alors qu'il est chassieux à cause des vices, impur ou faible, n'étant pas du tout capable, à cause de sa lâcheté, de voir les splendeurs, il ne verra rien, pas même si un autre lui montre ce qui est là et qui peut être vu. Celui qui voit, en effet, doit s'être rendu apparenté et semblable à ce qui est vu, pour parvenir à la contemplation. Assurément, jamais l' œil ne verrait le soleil sans être devenu de la même nature que le soleil, et l'âme ne pourrait voir le beau, sans être devenue belle.

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Qu'il soit d'abord totalement divin et totalement beau, celui qui doit contempler le dieu et la beauté. En s'élevant, en effet, il arrivera d'abord à l'Intellect où toutes les Formes seront belles et il dira alors que c'est cela le beau : les Idées. Toutes les choses sont belles grâce à elles, elles qui sont les rejetons de l'Intellect. Ce qui est au-delà du beau, nous disons que c'est le bien qui place au-devant de lui le beau. Dès lors, si l'on se tient à une formule générale, le bien est la première beauté. Mais, si l'on distingue les intelligibles, on dira que le beau intelligible est le lieu des Idées et que le bien est au-delà et qu'il est « la source et le principe » du beau. Sinon, on placera au même niveau le bien et le beau ; ce qui est sûr, c'est que le beau est là-bas.

 
Plotin, Traité 1 (I, 6) « Sur le beau » 8 et 9
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Lundi 9 juillet 2007 1 09 /07 /2007 22:57
     « Et maintenant, tu dois regarder en toi-même, te faire un avec ce que tu as à contempler, en sachant que ce que tu as à contempler c’est toi-même. Et qui est tien. A peu prés comme celui qui serait envahi par le dieu Phébus (autre nom d'Apollon, dieu de la lumière) ou par une muse, il verrait briller en lui-même la clarté divine s'il avait en même temps le pouvoir de contempler en soi-même cette divine lumière. »

Plotin (205 - 270)
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  • : 31/03/2007
  • : Orientations existentielles dans une époque de dissolution.

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