Vendredi 10 avril 2009
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« Les peuples se sont toujours donné des dieux conformes à leurs aspirations les plus profondes et,
comme en témoigne l'actuel regain de spiritualité, deux siècles d'athéisme forcené n'ont rien changé à cette indéracinable nécessité.
Le monothéisme chrétien se trouve pourtant singulièrement malmené dans ce livre dont l'auteur a récemment (ndr: édition de 1981) suscité de mémorables controverses en jetant les idées de la «
nouvelle droite » dans le débat intellectuel français et européen. C'est que, pour Alain de Benoist, le christianisme constitue moins une insulte à la raison qu'une déviation de la spiritualité
et du sacré. En coupant, dans une large mesure, les peuples européens de leur traditions religieuses immémoriales, de leur paganisme originel, le monothéisme chrétien a eu pour effet d'éloigner
Dieu des hommes et de l'exiler hors du monde.
Mais ce n'est pas à un retour en arrière que nous convie Alain de Benoist, pas plus qu'à une « nouvelle religion ». Ce qu'il nous propose, plus simplement, à travers une interrogation
fondamentale sur le sens que revêt aujourd'hui le mot « païen », c'est la réappropriation d'une partie de nous-mêmes. C'est à un véritable re-commencement qu'il nous invite avec ce livre
qui, au détour d'une réflexion philosophique personnelle, délivre une émotion poétique qui surprendra peut-être ceux qui n'avaient vu qu'un froid théoricien dans l'auteur de Vu de droite et des
Idées à l'endroit. »
* * *
« [...] L'iconoclasme trouve sa justification propre dans une conception du monde où l'absolu est nécessairement supérieur et déterminant par rapport aux représentations particulières.
C'est que la démarche biblique, d'une façon générale, pose le rapport de l'universel et du particulier dans un sens unique qui est le contraire de celui du paganisme : elle va de l'universel au
particulier, elle déduit ce que nous pouvons savoir du particulier de ce que nous devons savoir de l'absolu. Dans la pensée grecque, au contraire, où l'universel joue
également un rôle important, la démarche s'effectue plutôt en sens inverse : on conceptualise l'universel par abstraction et généralisation successive d'une pluralité de particuliers concrets.
Dans la Bible, sont d'abord données des totalités, des catégories, des classes, et les choses ou personnes individuelles n'en sont que des manifestations. Dans son essai sur la pensée
biblique et la pensée grecque, Thorleif Borman écrit : « Les concepts des Israélites ne sont pas des abstractions tirées de choses concrètes particulières ou d'apparences particulières, mais
des totalités réelles qui incluent en elles-mêmes les choses particulières. La notion d'universel gouverne la pensée israélite. Quand, par exemple, l'Israélite pense à un
Moabite, il ne pense pas à une personne individuelle qui aurait, entre autres qualités, celle de descendre de Moab. Les qualités caractéristiques du Moabite découlent d'un type, qui est constitué
par la somme des traits moabites. Ce type est appelé mo'ab, et l'individu Moabite, mo'abhi est son incarnation ».
La pensée biblique est une pensée englobante, totalisante, qui, allant du général au particulier, procède par déduction à partir d'un absolu révélé, et non par
induction à partir de l'expérience vécue. Dans ce système, le particulier n'est pas du tout ce à partir de quoi on infère un concept de généralité ; c'est la projection de
l'idée de généralité. Les individus et les choses ne sont alors eux-mêmes que des projections, des « réalisations » d'essences et d'idées universelles. Tandis que le discours du
paganisme est un particulier qui peut atteindre l'universel au travers de sa particuliarité même - Goethe est universel en étant d'abord allemand, Cervantès est universel en étant d'abords
espagnol -, le discours de la Bible est un universel qui fonde statutairement tous les particuliers. Dans le premier cas, le général se définit au travers du particulier ; dans le second, c'est
le particulier qui est défini par le général.
Il est clair que, de part sa dynamique propre, la démarche universalisante de la Bible tend (ou risque de tendre) à réduire la diversité, alors que la démarche inverse fait au contraire de cette
diversité le fondement de toute connaissance. Max Weber reconnaît d'ailleurs, après d'autres, que « lorsqu'on part de l'expérience vécue, on aboutit au polythéisme » (Le savant et le
politique, UGE/10-18, 1971, p. 83). En outre, la démarche qui va du général au particulier équivaut à découvrir dans les choses un sens postulé par avance, tandis que la démarche
qui va du particulier au général équivaut à leur en donner un. C'est donc seulement par cette dernière que l'homme peut véritablement s'instituer comme un donneur de sens. D'où le propos
de Nietzsche, selon lequel « la valeur d'un peuple, ou d'un homme, ne se mesure qu'à son pouvoir de poser sur son expérience le sceau de l'éternité » (La naissance de la tragédie,
op.cit.). »
Chapitre 15.
Publié dans : Alain de Benoist
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Par Mathieu
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