Dimanche 5 juillet 2009

Quand des hommes sont gais...

Quand des hommes sont gais, quelle question se pose ?
Celle-ci : s'ils sont bons, et leur vie vertueuse ;
Si oui, l'âme est légère, et la plainte plus rare,
Et, par surcroît, au même est accordée la foi.

Votre
très humble
Hölderlin.

*
* *

Wenn Menschen fröhlich sind...

Wenn Menschen fröhlich sind, wie ist es eine Frage ?
Die, ob sie auch gut sei'n, ob sie der Tugend leben ;
Dann ist die Seele leicht, und seltner ist die Klage
Und Glauben ist demselben zugegeben.

Dero
unterthänigster
Hölderlin.

Friedrich Hölderlin, « Poèmes 1806 - 1843 »
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Vendredi 3 juillet 2009

« Une vertu doit être notre invention, notre défense et notre nécessité personnelle : dans tout autre sens elle n’est qu’un danger. Ce qui n’est pas une condition vitale, est nuisible à la vie : une vertu qui n’existe qu’à cause d’un sentiment de respect pour l’idée de « vertu », comme Kant la voulait, est dangereuse. La « vertu », le « devoir », le « bien en soi », le bien avec le caractère de l’impersonnalité, de la valeur générale — des chimères où s’exprime la dégénérescence, le dernier affaiblissement de la vie, la chinoiserie de Koenigsberg. Les plus profondes lois de la conservation et de la croissance demandent le contraire : que chacun s’invente sa vertu, son impératif catégorique. Un peuple périt quand il confond son devoir avec la conception générale du devoir. Rien ne ruine plus profondément, plus intérieurement que le devoir impersonnel, le sacrifice devant le dieu Moloch de l’abstraction. »

Friedrich Nietzsche, « L'antéchrist », 11.
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Vendredi 3 juillet 2009


« Avez-vous du courage, ô mes frères ? Êtes-vous hardis ? Non pas un courage devant témoins, mais un courage de solitaire ou d'aigle qui n'a plus même Dieu pour témoin ?


Les âmes froides, les mulets, les aveugles, les ivrognes n'ont pas ce que j'appelle du courage. Celui qui a du courage, c'est celui qui connaît la peur, mais qui dompte la peur, qui voit l'abîme, mais qui en est fier.


Quiconque voit l'abîme, mais d'un œil d'aigle, quiconque étreint l'abîme, mais dans des serres d'aigle, celui-là a du courage. »


Friedrich Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra », IV ème et dernière partie, De l'homme supérieur, 4.

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Jeudi 2 juillet 2009

Nietzsche n'a jamais eu de mots assez forts pour dénoncer le vampirisme de la science, qui exige de ses adorateurs une activité soutenue et abrutissante, mais aussi le sacrifice de leur sensibilité.

 


Auguste Comte, que Nietzsche admira un certain temps, était convaincu que l'avènement de la science positive non seulement entraînerait la disparition des religions, mais guérirait l'humanité du besoin même de croire. Son « Catéchisme positiviste » visait ainsi à remplacer toutes les croyances anciennes par une religion enfin exacte et indubitable. Témoin privilégié du triomphe du positivisme dans la seconde moitié du XIXème siècle, Nietzsche en vint peu à peu à sérieusement douter de cet idéal scientifique de libération de l'esprit jusque-là aliéné : la science n'était-elle pas plutôt l'ultime expression de la crise nihiliste qui touchait l'Europe orpheline de Dieu ? Les certitudes scientifiques n'étaient-elles pas en réalité le dernier refuge de l'âme religieuse, avide de vérité ? « "Volonté de vérité" – cela pourrait être une secrète volonté de mort. - De sorte que la question : pourquoi la science ? renvoie au problème moral : à quoi tend de manière générale la morale, si la vie, la nature, l'histoire sont "immorales" ? [...] Mais on aura compris où je veux en venir, c'est à dire au fait que c'est toujours sur une croyance métaphysique que repose la croyance à la science. »


Pour l'auteur du « Gai Savoir », cela ne fait aucun doute : le charme de la science ne s'exerce aussi fortement sur nous que parce que nous sommes encore pieux. C'est une approche généalogique qui permet ainsi de reconduire ainsi la science à ses présupposés religieux, notamment son culte de la Vérité. Cette recherche de l'absolu semble tout ce qu'il y a de plus désintéressé, mais ce que l'on veut vraiment, c'est un mol oreiller, la paix de l'âme. Si l'« idée fausse » de Progrès eut tant d'emprise sur toute une génération d'athées militants comme Ernest Renan qui, dans « l'Avenir de la science », n'hésite pas à comparer la nouvelle religion, « obligatoire et universelle », de la science au catholicisme médiéval, c'est qu'ils y entrevoyaient une promesse de salut.


« La science moderne a pour but aussi peu de douleur possible, c'est à dire une sorte de félicité éternelle, très modeste, il est vrai, en comparaison des promesses de la religion », juge Nietzsche dès « Humain, trop humain ». Seuls les derniers hommes peuvent trouver exaltante une telle « perspective de grenouille », une vision aussi étriquée de la vie, tant l'infini simplement quantitatif est un piètre substitut à la transcendance perdue. Nietzsche se moque ainsi dans « Ainsi parlait Zarathoustra » du zèle suspect que mettent les savants modernes à satisfaire les aspirations médiocres de la masse : « Leur sagesse a souvent une odeur de marécage : et, en vérité, j'ai déjà entendu les grenouilles coasser dans leurs paroles ! » Fortes de leur morale rationnelle, ces froides grenouilles oublient bientôt leur modestie initiale pour regarder de haut les époques et les convictions préscientifiques. Nietzsche n'a pas de mots assez durs pour fustiger la foi naïve des savants en la supériorité de leur point de vue objectif, leur volonté d'impersonnalité n'étant que le masque de leur pusillanimité. La condescendance qu'ils manifestent pour tout ce qui n'est pas rationnel ou quantifiable ne doit pas en effet occulter le fait que le savant sert docilement les idées modernes, démocratiques. Le Progrès ne vaut pour lui que s'il est partagé par tous et s'il rend la vie toujours plus facile, plus agréable... Il se dit et se croit dénué de tout présupposé, mais il incarne en réalité les valeurs plébéiennes avec son utilitarisme, son goût de la vulgarisation et son obsession du rendement. Sa volonté prométhéenne de maîtrise technique de la nature le fait négliger les choses les plus proches et les plus essentielles, au point de le condamner à l'indifférenciation.


« Dans la vraie science consciencieuse, il n'y a rien de grand et rien de petit », clame ainsi fièrement le « consciencieux de l'esprit », fidèle au reflet du savant moderne. Zarathoustra bute sur lui alors que, couché au bord d'un marécage, il se laisse dévoré le bras par de nombreuses sangsues afin d'étudier le fonctionnement de leur cerveau... Au delà de la critique imagée des vaines expérimentations, Nietzsche met ici en évidence le vampirisme de la science, qui exige de ses adorateurs non seulement une activité soutenue et abrutissante, mais aussi le sacrifice de leur sensibilité.


Le règne de la connaissance analytique, de la raison calculatrice a ainsi pour conséquence la mécanisation de l'homme. La spécialisation, mutilation volontaire qu'entraîne un mode de vie contre nature, où il ne s'agit que de creuser un unique sillon, est jugée par Nietzsche de la manière la plus sévère. Confiné dans son recoin, le savant n'a plus la force d'acquiescer ou de nier : « Son oeil est alors pareil à un lac égal et rétif que ne ride plus aucun ravissement, aucune sympathie. » Sa neutralité prudente l'empêchant de l'aimer, il se contente d'être un miroir déformant de la réalité, impitoyablement disséquée et mise en formules. S'il est condamné à être un chercheur et non un créateur, c'est qu'il lui manque la sûreté d'instinct de l'homme synthétique, souverain. Par son parti pris aristocratique, ce jugement sans appel de Nietzsche n'est pas sans rappeler la confidence de Voltaire à Vauvenargues : « L'abeille est admirable, mais c'est dans sa ruche. Hors de là, l'abeille n'est qu'une mouche. » Placé à l'avant-garde de la modernité, le spécialiste désemparé, qui ne trouve pas d'issue au labyrinthe de l'existence, a pourtant le front de se présenter comme modèle à imiter. Nietzsche a bien perçu l'impérialisme et le caractère impératif de la morale de la science, malgré ses résultats hypothétiques et révisables. D'où sa conviction que l'éducation scientifique est au service de l'idéal grégaire, du rapetissement de l'humanité, le démocrate objectif et tolérant étant élevé au rang de mesure du Progrès. Ce choix, qui n'a rien d'inoffensif, aurait pour conséquence la « médiocrisation » de l'Europe, la généralisation d'un type d'homme unique, facile à manipuler. Quoi qu'il en soit, le culte actuel de la sécurité et du tiède bien-être semble donner raison à Nietzsche : la prétendue rationalité scientifique est bien l'idéal des derniers hommes décrit par Zarathoustra.


Yannis Constantinidès, professeur de philosophie à l'Université de Reims et à l'Espace éthique de la Faculté de Médecine de Paris-Sud.


Paru dans « Science et Avenir », Hors-série, octobre-novembre 2005.

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Merci à Olipien.

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Mardi 23 juin 2009

« Eyjólfr déclare qu'auparavant, il veut aller voir Audr. Ils arrivent à la ferme, entrent et, encore une fois, Eyjólfr se met à converser avec Audr. Il prend la parole en ces termes : « Je voudrais faire un marché avec toi, Audr, dit-il. Je voudrais que tu me dises où est Gísli et je te donnerai trois cents d'argent, ceux-là mêmes que j'ai reçus pour avoir sa tête. Quand nous le tuerons tu ne seras pas présente. S'ensuivra également que je te remarierai et te trouverai un parti bien meilleur que celui-ci. Tu peux encore considérer, dit-il, quel désavantage c'est pour toi que de rester dans ce fjord désolé, de subir tel sort à cause de la mauvaise chance de Gísli et de ne jamais voir tes parents et relations. » Elle répond : « Ça m'étonnerait beaucoup, dit-elle, que tu me trouves un parti qui me paraisse valoir l'actuel. Pourtant, c'est vrai, ce que l'on dit, que l'argent est la meilleure des choses après la mort. Fais-moi voir si cet argent est aussi abondant et aussi beau que tu me le dis. » Il pose l'argent sur ses genoux, elle plonge la main dedans, et il le compte et le lui montre. Gudrídr, sa fille adoptive, se met à pleurer.

Ensuite, Gudrídr sort et va trouver Gísli et lui dit : « Ma mère adoptive vient de devenir folle. Elle veut te trahir. » Gísli dit : « Ne t'afflige pas, car ce ne seront pas les tromperies d'Audr qui seront causes de ma mort », et il déclama une vísa :

« On me dit que ma femme
Avec grande scélératesse
Se prépare
À trahir son mari.
Mais je sais
Qu'elle se tient assise et pleure.
Je ne crois pas
Qu'il soit vrai qu'elle fasse cela. »

Après cela, la jeune fille revient à la maison et ne dit pas où elle est allée. Eyjólfr vient alors de terminer de compter l'argent, et Audr dit : « En aucune façon, l'argent n'est ni moins abondant ni moins bon que ce que tu m'en as dit. Et tu admettras que j'aie le droit d'en faire ce que bon me semble. » Eyjólfr accueille ses paroles avec satisfaction, et la prie en effet d'en faire ce qu'elle veut. Audr prend donc l'argent et le verse dans une grande bourse, puis elle se lève et jette la bourse avec l'argent dedans sur le nez d'Eyjólfr, si bien que le sang jaillit, et elle dit : « Reçois donc cela pour ta crédulité, et tout le mal avec. Il n'y avait aucun espoir que je te livre mon mari, à toi, mauvais homme. Reçois cela, et reçois avec honte et couardise à la fois. Tant que tu vivras, misérable, tu te rappelleras qu'une femme t'a châtié. » »

« Saga de Gísli Súrsson »
Publié dans : Femina - Par Mathieu - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

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  • : Orientations existentielles dans une époque de dissolution.

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